Bolet à pores sanguins
Boletus
rhodosanguineus Both

par Yves Lamoureux
Le
Bolet à pores sanguins est un champignon de bonne taille. Poussant même
par temps sec, on le trouve avec le chêne rouge. Son chapeau est
pourpre-rose, finement fibrilleux et son pied est jaune, pourpre rosé à
la base. Ses pores sont rouge sang – d'où son nom – et bleuissent
instantanément au toucher. On le distingue des autres bolets à pores
rouges par les réticulations rouges sur fond jaune qui ornent son pied,
au moins dans sa partie supérieure.
Jusqu'à ce jour, on n'a trouvé qu'une seule autre espèce de
bolet à pores rouges et à pied réticulé: le Bolet flamboyant (Boletus
flammans). Mais comme celui-ci a le pied et le chapeau d'un beau rouge
sang, il est impossible de le confondre avec
B. rhodosanguineus! De plus, son habitat est très différent : B. flammans pousse exclusivement avec les conifères.
On ne connaît pas la comestibilité du Bolet à pores sanguins,
mais on le croit vénéneux, ou à tout le moins indigeste.
Ce bolet coloré a été décrit récemment par Ernst Both, un spécialiste
des bolets, à partir de récoltes faites dans l'ouest de l'état de
New-York. Ceux et celles qui possèdent North
American Boletes de BESSETTE, ROODY et BESSETTE*, peuvent en voir une
photo en page 307.
B. rhodosanguineus est le seul bolet québécois actuellement connu
à ne pas être répertorié dans notre livre sur les bolets, ni sur notre
cédérom. En effet, la première récolte québécoise documentée a été
faite au début du mois d'août 2002, par André Paul et Renée Lebeuf.
Ils ont cueilli quelques spécimens dans un petit boisé de chênes de l'île
de Montréal, et les ont identifiés sans difficulté. Tous deux disent en
avoir aperçu à quelques reprises par les années passées, parfois en
juillet.
Je remercie André Paul de m'avoir apporté de magnifiques spécimens,
permettant d'ajouter cette espèce à l'herbier. Compte tenu de la
propension de ce champignon à bleuir au moindre frôlement, ce fut tout
un exploit de le ramasser et de le transporter tout en lui conservant ses
couleurs originales.
Même si les bolets ont été largement étudiés au Québec, on
constate qu'il est encore possible de trouver des espèces spectaculaires
et ce, pas nécessairement dans des endroits inaccessibles. La prochaine
fois que vous irez dans une chênaie... ouvrez l'oeil!
*BESSETTE,
A. E., W.C. ROODY & A. R. BESSETTE, 2000. North American boletes.
Syracuse Univ. Press. Description, page 148;
photo, page 307.
