Le Cortinaire remarquable
Cortinarius praestans
(Cordier) Gillet

par Yves Lamoureux
En
Estrie et près de la ville de Québec, des mycophiles récoltent un gros
cortinaire* qu'ils consomment volontiers. Il s'agit du
Cortinaire remarquable, décrit en Europe. En 2000, deux estriennes
passionnées, Denise Boudreau et Ginette René, m'en ont rapporté
quelques exemplaires afin que je puisse les photographier et les étudier.
J'avais déjà vu le Cortinaire remarquable à Québec, lors du NorthEast
Mycological Federation Foray 1998. Un seul exemplaire y avait été
exposé. Le mycologue anglais Geoffrey Kibby avait immédiatement reconnu
l'espèce: chapeau brun-pourpre foncé, un peu visqueux, à marge ridée-plissée
(caractère distinctif), lames violacées, pied blanchâtre, massif, plus
ou moins bulbeux.
Ceux et celles qui étudient les cortinaires s'entendent sur le
fait qu'il est très difficile, sauf exception, de déterminer les récoltes
avec assurance. Mais voilà, en plus de son gros chapeau à marge ridée,
le Cortinaire remarquable possède de très grandes spores, un deuxième
caractère distinctif. On peut donc difficilement faire «erreur sur la
personne» si l'on a accès à un microscope.
Les cortinaires étant très compliqués, l'histoire ne s'arrête
pas là. Les exemplaires récoltés en Estrie possèdent bien les deux
caractères distinctifs de l'espèce, chapeau à marge ridée et grandes
spores, mais le chapeau est de couleur lilas et le pied se termine par
un bulbe marginé. Ces traits éloignent l'espèce estrienne de l'entité
européenne. De plus, l'espèce estrienne croît dans une forêt de conifères
alors qu'à Québec, tout comme en Europe, le Cortinaire remarquable se
trouve avec les chênes et les hêtres.
D'autres récoltes seraient nécessaires pour déterminer si
l'entité estrienne représente ou non une espèce distincte. En
attendant, rien ne nous empêche d'apprécier cet impressionnant
cortinaire.
On peut trouver des descriptions et des photos du Cortinaire
remarquable dans plusieurs livres européens. Ultérieurement, cet article
sera accessible sur notre site Internet et vous pourrez y voir la photo de
la récolte faite en Estrie (mont Orford).
Longue vie aux cortinariologues!
*
On reconnaît le genre cortinaire à son voile filamenteux et à sa sporée
brun rouille.
